Le jeu de rôle : Développement, rééducation et thérapie

Dernière mise à jour : 27 juil. 2021


Le jeu de rôle est un fantastique outil dans le développement tout au long de notre vie mais également en rééducation ou en thérapie. Le sujet mériterait un livre complet, mais voici quelques éléments qui vous donneront envie de creuser un peu plus le sujet, je l'espère.

Aujourd'hui j'avais envie de vous parler d'une activité qui peut se transformer en médiation est qui est très étonnamment peu utilisée par rapport à tout ce qu'elle peut développer : Le jeu de rôle. Avant de développer plus en avant je vous laisse quelques secondes pour :

  • Si tu étais ado/adulte au début des années 2000 : visualiser une bande de dangereux satanistes ne faisant plus la différence entre leur personnage et leur vraie personnalité, c'est-TF1-qui-l'a-dit

  • Si tu es plus jeune : Prendre un air éteint et dire « le jeu de quoi ? »

C'est quoi le jeu de rôle ?

C'est avant tout un jeu de société avec une finalité ludique. Notez bien le « ludique » (soulignez le, recopiez le, tatouez vous le sur votre poignet). Cela veut dire que même si cela devient un support pour développer des compétences, servir de médiateur ou quoi que ce soit, il faut que cela reste un moment d'amusement. C'est son but premier. Retirer l'aspect ludique du jeu de rôle c'est comme servir à Etchebest une revisite de la tarte au citron sans citron. Ça sera peut être bon, ça sera peut être technique, mais ça sera hors sujet et vous partirez en dernière chance. Bref. C'est un jeu de société donc, où les participants vont interpréter un personnage dans un environnement fictif. Cet univers fictif peut être réaliste et correspondre au notre ou être futuriste, fantastique... dites vous que si vous pouvez l'imaginer c'est que cela existe en jeu de rôle (et si vous ne pouvez pas l'imaginer cela existe surement aussi). Un maître du jeu (le meneur, si l'autre terme vous inquiète) est celui qui anime le jeu (animateur ça angoisse moins). Il prépare d'avance un scénario sur lequel les joueurs vont influer par la prise de décision. Un scénario est donc une trame d'histoire, mais seules les actions et les décisions des joueurs vont en décider la fin. Il existe quelques jeux de rôles sans maître du jeu mais ils ne sont pas la majorité alors on va rester sur le plus classique pour l'instant.

On trouve plusieurs systèmes de jeu, du plus simple au plus compliqué, avec ou sans dé... Si vous vous lancez un professionnel sera le mieux placé pour vous orienter vers le jeu et le système qui vous convient le mieux. Des scénarios pré-construits sont également à la vente. Vous pouvez aller dans une boutique près de chez vous (elles sont de plus en plus rares ok) ou contacter des gens comme La Loutre Roliste, un éditeur français de jeu de rôle pour tous facile d'accès, qui se feront un plaisir de vous répondre.  

Mais pourquoi on ferait du jeu de rôle ?

Comme ça ça n'a peut être pas l'air évident mais le jeu de rôle travaille « quelques fonctions ». Avant de vous en présenter les principales, pour ceux qui continuent à marmonner « c'est un truc de marginaux » sachez qu'une étude a mis en avant que le jeu de rôle (JdR pour les intimes) est essentiellement pratiqué par des personnes ayant un niveau d'étude élevé. Comme quoi, vous ne finirez pas dans un squat à dépecer des bébés chats si vous testez. Donc, voilà un petit aperçu de ce qu'aborde le jeu de rôle.

De manière intrinsèque :

(Juste en jouant quoi)

La résolution de problème :

Le scénario est une trame générale, avec un objectif a atteindre et tout un tas de pièges à éviter et d’événements et d’énigmes à résoudre. A vous de gérer leur difficulté, le nombre d'éléments à prendre en compte et leur éloignement dans le temps. Et la résolution de problème, ça aide dans la vie de tous les jours, mais également en math, en physique, en chimie..

La planification

Dans le même ordre d'idée les personnages connaissent leur point de départ et leur objectif de fin. A eux de définir le meilleur moyen pour y parvenir et les étapes nécessaires.

La flexibilité mentale :

Une fois cette planification faite, ils vont être confronté au principe de réalité, a savoir que dans le jeu comme dans la vie cela ne se passe pas toujours comme prévu. Cela force le cerveau a devoir abandonner une stratégie validée comme bonne précédemment pour prendre en compte de nouveaux éléments et en élaborer une nouvelle, plus ou moins éloignée. Et le cerveau étant de nature feignasse, il a besoin de s’entraîner à le faire ça, Vous n’êtes pas convaincu ? Regardez autour de vous combien de gens s'acharnent dans la même mauvaise solution au lieu de changer de comportement ! (mais ne vous regardez pas vous hein, ce n'est pas bon pour le moral et l'égo)

La gestion de la frustration :

Et puis des fois, notre super idée, ça ne marche pas. Même si c'était une super idée. Même si c'était encore mieux que ce qu'a prévu le maître de jeu. Même si on a fait des efforts de dingue pour trouver l'épée de flamme d'Alzerfort dans le coffre antique, et qu'en vrai il est vide en arrivant. Même si c'est pas juste. On apprend à faire avec, à se remobiliser.

La coopération et la gestion des conflits :

Le jeu de rôle est un jeu de groupe, à faire en coopération. On réussi en groupe ou on échoue tous. On peut décréter que notre groupe c'trop des relou et partir en solo, mais cela ne marche jamais hein. Il est donc nécessaire de communiquer, de faire des choix, des concessions même quand on est pas d'accord, même quand ça nous agace. C'est une très bonne occasion d'accompagner cette communication pour la rendre fonctionnelle et non conflictuelle.

L'empathie et la gestion émotionnelle

 C'est aussi l'occasion d'aborder l'empathie des autres membres du groupe. Dire « c'est débile » cela ne fait pas le même effet que dire « je n'aurais pas du tout fait comme ça ». Et ce même si on est vraiment pas content. Les capacités d'empathie et de compréhension de la psychologie des personnages non joueurs vont également être importantes pour les scénarii eux même, car elles fourniront d'importantes informations pour la résolution de problème.  

La pensée contrefactuelle :

C'quoi ça ? C'est la capacité à réfléchir à des situations hypothétiques, qui ne se produiront pas forcement. Dans la vie de tous les jours c'est quand même un peu pratique d'avoir la capacité d'envisager pleins de situations et nos possibilités d'actions en amont, pour être prêts le jour J.

L'attention dans la durée :

Un scénario est « vivant » il se nourri des réactions et actions des joueurs et il fourni des indices et éléments perdus dans la description et les parties sans intérêt. Il faut donc rester concentrés tout le long pour réussir à identifier ces informations importantes et les garder en mémoire pour pouvoir les manipuler. Par exemple si je vous dis « Julie a 4 bananes bien mures, elle va voir Johan pour récupérer un devoir de math, tombe a vélo sur le retour et manger une banane pour le goûter. Combien reste-t-il de bananes ? » vous allez devoir supprimer tous les trucs qui ne servent à rien pour garder 4 bananes moins une. Voilà là c'est pareil mais sur une durée biiiien plus longue.

La cohérence centrale :

Particulièrement utile dans l'autisme. Dans les caractéristiques de l'autisme on retrouve souvent l'absence de cohérence centrale, c'est à dire qu'ils sont capables de voir tout un tas de petits éléments, mais pas de percevoir qu'ils font parti d'un tout. Tout est traité de manière individuelle sans cohérence des éléments. Dans le jeu de rôle ils vont devoir percevoir toutes ces informations disséminée mais également les organiser dans un tout cohérent pour résoudre le scénario.

L'imagination :

Ai je vraiment besoin de développer ? De la construction de leur personnage, à la représentation de l'univers en passant par l'invention des possibilités... L'imagination est au centre de toute la partie. Et comme disait Albert Einstein (et, accessoirement, Terry Pratchett) : « L'imagination, c'est l'intelligence qui s'amuse ».

Et si on veut en rajouter ?

Le jeu de rôle en tant que médiateur est un formidable outil pour aborder... à peu près tout. Il faut le voir comme une fantastique boite à outil qui ferait baver d'envie Mac Gyver (le vrai, le vieux, pas le gamin qu'ils ont ressorti). Une sorte de toile où on peut tracer tout ce que l'on a envie, en fonction des besoins. Par exemple :

Ecriture :

Vous avez besoin de travailler l'écriture ? Faites leur prendre des notes. Que ce soit travailler la vitesse d'écriture pour les collégiens, la lisibilité par des mots clés sur un inventaire pour les plus jeunes, des situations où on ne peut communiquer que par écrit... Les possibilités sont infinies et bien plus motivantes qu'en individuel sur table.

Le dessin :

 La représentation du corps, les capacités graphiques hors écriture... On peut dessiner son personnage, son inventaire, son animal de compagnie, la scène qu'on a préféré dans le scénario, la ville où on se trouve... Tout un travail créatif est possible en parallèle du jeu.

Structuration et orientation spatiale :

Besoin de travailler ces fonctions ? Rajoutez des labyrinthes dans votre histoire. Qu'il faille se repérer dedans ou faire un plan, c'est l'occasion de le faire de manière ludique !

Jouer des situations conflictuelles :

Le scénario peut être l'occasion de rejouer des situations conflictuelles de la vie quotidienne. Un problème d'intimidation à l'école ? Un conflit familial ? Besoin d'en parler alors que c'est difficile de le faire directement ? On peut alors le jouer, réfléchir aux possibilités de réaction, parler des expériences passées...

Travail sur les émotions :

Le jeu de rôle m'a souvent servi a travailler sur les émotions, notamment avec les personnes autistes, sur les détails à prendre en compte pour comprendre les émotions. Que ce soit sur photo, ou en leur demandant ce qu'ils veulent observer en particulier...

Travail corporel :

On peut jouer certaines scènes ! Cela peut servir à faire du théâtre d'improvisation, ou un parcours correspondant à un parcours dans le scénarii (du genre parcours dans les bois a refaire sur une poutre,cerceaux...)  

Sprint attentionnels :

On peut travailler l'attention sur la durée mais également faire de petites épreuves demandant une attention très soutenue pendant une courte durée. Vous pouvez par exemple en faire des épreuves chronométrées de résolution de problème. Viiiiiiite l'indice va s'autodétruiiiiiiire.

La mémoire :

Le jdr demande de se souvenir de ce qu'il se passe durant l'histoire mais vous pouvez rajouter des étapes mobilisant plus fortement la mémoire. Du type des codes a retenir, un ordre de dalle sur lesquelles sauter...